Un dilemme structurel qui caractérise l'ensemble de l'industrie cimentière : tandis que le boom de la construction mondiale pousse la demande de ciment à des niveaux record, Holcim, en tant que leader mondial du marché, doit simultanément réduire drastiquement ses émissions de CO₂. Le groupe suisse est confronté au défi de concilier les objectifs de croissance avec les objectifs climatiques – un équilibre qui exige l'innovation technologique, l'optimisation des processus et des investissements substantiels dans les liants alternatifs.

La production de ciment est responsable d'environ 8 % des émissions anthropogènes de CO₂ dans le monde, dont environ deux tiers proviennent de la calcination du clinker – une émission liée au processus qui ne peut pas être éliminée par l'efficacité énergétique seule. Holcim adopte donc une stratégie multifacette : réduction du facteur de clinker par un recours accru aux laitiers de haut fourneau et aux cendres volantes dans les ciments CEM II et CEM III, augmentation des capacités de capture du CO₂ (Carbon Capture and Storage, CCS) et développement de systèmes de béton optimisés pour le climat avec teneur en liant réduite.

Notamment en Europe, où le règlement CBAM introduit à partir de 2026 des valeurs limites de CO₂ pour les importations, le groupe intensifie le lancement sur le marché de ciments à faible teneur en CO₂. Ces produits atteignent déjà des réductions d'émissions allant jusqu'à 30 % par rapport au ciment Portland conventionnel (CEM I), mais nécessitent des formulations adaptées et une justification selon la norme EPD. Les ingénieurs de projet doivent tenir compte des cinétiques d'hydratation et des développements de résistance modifiés, en particulier pour les applications dans les classes d'exposition supérieures selon la DIN EN 206.

La pression du marché reste élevée : tandis que dans les pays en développement, le développement des infrastructures demande massivement du béton, les exigences réglementaires dans l'UE se renforcent. Holcim investit donc parallèlement dans le déploiement d'installations CCS et dans la recherche sur les liants alternatifs tels que l'argile calcinée ou les systèmes LC³. Le défi réside dans la viabilité économique : les ciments pauvres en CO₂ sont actuellement 15 à 25 % plus chers à la production, ce qui complique leur pénétration de marché sans incitations réglementaires ou exigences spécifiques au projet en matière de durabilité.

Pour l'industrie des matériaux de construction, la stratégie d'Holcim signifie un changement de direction : l'accent se déplace du pur volume à l'intensité de CO₂ par tonne de ciment. Les concurrents tels que Heidelberg Materials et CEMEX poursuivent des stratégies similaires, ce qui indique une transformation à l'échelle de l'industrie. Il sera crucial de déterminer si les solutions technologiques – en particulier le CCS – sont économiquement viables à l'échelle industrielle et à quelle vitesse les cadres normatifs sont adaptés pour intégrer les ciments innovants dans les méthodes de construction standard. Une analyse plus approfondie de la réorientation stratégique se trouve dans l'article sur le changement stratégique d'Holcim en Allemagne.