Un développement qui pourrait façonner durablement le secteur des matériaux de construction : Saint-Gobain, l'un des plus grands fabricants mondiaux de matériaux de construction avec un accent sur la laine minérale, le verre isolant et les matériaux céramiques, place sa transformation verte au cœur de sa stratégie d'entreprise. Une analyse récente atteste bien la stabilité opérationnelle du groupe français, mais soulève en même temps la question de la solidité réelle des objectifs de décarbonisation annoncés face aux processus de production très énergivores.

Le défi central réside dans la matérialité du portefeuille : ISOVER (Saint-Gobain), la division d'isolants du groupe, produit de la laine de verre et de la laine de roche à des températures de fusion dépassant 1 400 °C – des processus qui reposaient jusqu'à présent principalement sur les combustibles fossiles. La situation est similaire dans la production de verre plat, où les fours de fusion sont continuellement alimentés au gaz naturel. Pour les planificateurs et les gestionnaires de produits, il est donc crucial que Saint-Gobain poursuive des voies technologiques crédibles pour réduire les émissions de portée 1 – par exemple par l'électrification, l'utilisation d'hydrogène ou des liants alternatifs dans le domaine des isolants.

Les progrès concrets concernent jusqu'à présent principalement la documentation EPD et les empreintes carbone spécifiques aux produits. Saint-Gobain a publié des déclarations environnementales de produits pour de nombreuses gammes de produits et communique des objectifs de réduction selon la Science Based Targets Initiative (SBTi). Cependant, les investissements réels consacrés à la conversion des agrégats de fusion existants et les calendriers réalistes restent souvent flous dans la communication publique. Pour les architectes et les ingénieurs civils qui prennent de plus en plus les décisions de sélection des matériaux sur la base des critères DGNB et des analyses de cycle de vie, cette lacune de transparence constitue un risque pertinent.

En comparant Saint-Gobain avec des concurrents comme ROCKWOOL ou Knauf, on observe une tendance du secteur : tous les grands fabricants d'isolants sont confrontés au même défi thermodynamique, mais la vitesse et la profondeur de la transformation varient considérablement. Tandis que ROCKWOOL mise davantage sur la laine de roche recyclée et les fours de fusion électriques, Saint-Gobain s'est jusqu'à présent davantage concentré sur l'amélioration de l'efficacité et l'utilisation de matériaux recyclés dans la production de verre. Pour l'utilisation dans les projets respectant la norme KfW-Effizienzhaus ou la certification Passivhaus, un examen spécifique aux produits des données environnementales est donc indispensable.

La crédibilité de la stratégie verte devra finalement se manifester par des indicateurs mesurables : kg CO₂ par m³ d'isolant, réduction absolue des émissions sur l'ensemble de la chaîne de valeur et taux d'investissement dans les technologies de production climatiquement neutres. Les analystes et les journalistes spécialisés demandent ici davantage de données granulaires plutôt que des rapports de durabilité agrégés. Un développement également observable chez Holcim et autres groupes de matériaux de construction : la phase des déclarations d'intention cède progressivement à la phase de preuve technique.