Le secteur du bois et de la construction bois en France traverse une phase de mutation profonde, marquée par un triple mouvement : durcissement des exigences réglementaires, accélération de la normalisation des matériaux biosourcés et repositionnement stratégique des acteurs industriels face aux objectifs climat. Au premier semestre 2026, la filière affiche une dynamique contrastée : si le volume global de mise en œuvre reste en retrait par rapport aux prévisions, la qualité des projets et la professionnalisation des chaînes d'approvisionnement progressent nettement.

RE2020 : le cadre réglementaire redessine la demande

Entrée en vigueur en 2022, la Réglementation environnementale 2020 (RE2020) poursuit son effet structurant. Pour le bois, la double exigence portant sur l'énergie grise et le stockage carbone constitue un levier majeur. Les projets intégrant du bois lamellé-croisé (CLT) ou du bois lamellé-collé (BSH) bénéficient de bilans carbone avantageux, à condition que la chaîne d'approvisionnement soit documentée et que les déclarations environnementales de produits (EPD) soient disponibles. Cette contrainte documentaire accélère la sélection naturelle parmi les fabricants : ceux qui n'ont pas investi dans la certification et la traçabilité perdent des parts de marché, surtout dans le segment du logement social et des appels d'offres publics.

La RE2020 impose par ailleurs un seuil maximal d'émissions pour les bâtiments neufs, échelonné jusqu'en 2031. Dans ce contexte, le bois entre en concurrence directe avec le béton bas-carbone et les solutions hybrides acier-bois. Les architectes et bureaux d'études valorisent particulièrement les solutions à base de CLT pour les immeubles de logements de cinq à huit étages, où la rapidité de mise en œuvre et la légèreté des structures compensent les surcoûts initiaux.

EPD et traçabilité : une contrainte devenue avantage concurrentiel

Depuis le début de l'année 2026, la fourniture d'EPD conformes à la norme EN 15804 est devenue une condition sine qua non pour les marchés publics et les projets labellisés HQE ou BREEAM. Les industriels du bois structurel ont pour la plupart franchi ce cap, mais le segment des panneaux dérivés (OSB, contreplaqué, MDF) accuse encore un retard. Les donneurs d'ordre exigent désormais non seulement l'EPD générique du produit, mais également la traçabilité jusqu'à la parcelle forestière d'origine, une exigence qui transforme en profondeur la logistique d'approvisionnement.

Ce virage documentaire profite aux acteurs déjà certifiés PEFC ou FSC, qui disposent d'une longueur d'avance sur les chaînes de contrôle. À l'inverse, les importations de bois structurel en provenance de pays tiers sans certification reconnue reculent nettement. La multiplication des contrôles douaniers liés au règlement européen sur la déforestation importée (EUDR) renforce cette tendance.

Nouveaux acteurs et consolidation industrielle

La filière bois française connaît un double mouvement de consolidation et de diversification. Plusieurs scieries de taille intermédiaire ont fusionné ou noué des partenariats avec des groupes de négoce pour sécuriser leurs débouchés. Parallèlement, des acteurs historiques du béton et de la terre cuite, à l'instar de Wienerberger et Xella, intensifient leur présence sur le segment des systèmes constructifs hybrides bois-minéral, visant à capter une part du marché de la réhabilitation thermique.

Côté fabricants de panneaux, Kronospan et EGGER ont renforcé leurs capacités de production en Europe centrale pour alimenter le marché français, où la demande en panneaux OSB et en contreplaqué technique reste soutenue, notamment pour la construction à ossature bois et les planchers mixtes.

Isolation biosourcée : le segment qui monte

La laine de bois gagne du terrain face aux isolants minéraux et synthétiques, portée par la combinaison de performances thermiques, de densité élevée pour le confort d'été et d'un bilan carbone favorable. Le fabricant allemand STEICO, actif en France via un réseau de distributeurs spécialisés, connaît une croissance marquée. L'entreprise a récemment créé une académie dédiée à la formation des artisans et élargi son offre documentaire pour accompagner la montée en compétence des poseurs.

La RE2020 valorise les isolants à faible conductivité thermique (λ) et à fort pouvoir de stockage carbone. Les panneaux de fibres de bois rigides, utilisés en isolation par l'extérieur ou en toiture, répondent à ce double critère. Leur densité, généralement comprise entre 140 et 240 kg/m³, offre également un bon déphasage thermique, un argument de vente croissant dans le sud de la France où les épisodes de canicule se multiplient.

Normalisation et certification : l'Europe harmonise

La révision en cours de plusieurs normes européennes portant sur les bois structuraux (EN 14080 pour le bois lamellé-collé, EN 16351 pour le CLT) introduit de nouvelles classes de résistance et clarifie les protocoles d'essai. Cette harmonisation facilite la circulation des produits à l'échelle du marché unique, mais impose aux fabricants français de mettre à jour leurs lignes de production et leurs protocoles qualité. Les petits acteurs, souvent artisanaux, peinent à suivre le rythme, ce qui accentue la concentration du secteur.

Par ailleurs, la future révision de la norme feu pour les bâtiments de grande hauteur (IGH) en bois pourrait ouvrir de nouveaux segments de marché, notamment dans les tours résidentielles et tertiaires. Les essais en cours dans plusieurs laboratoires européens visent à définir des solutions constructives permettant d'atteindre des performances équivalentes au béton armé en matière de résistance au feu, tout en conservant le bilan carbone favorable du bois.

Perspectives pour le second semestre

La dynamique du marché français reste conditionnée par trois variables : la stabilité des taux d'intérêt, qui pèse sur le volume de construction neuve ; la disponibilité de la ressource forestière, mise sous tension par les épisodes de sécheresse et les attaques parasitaires ; et enfin l'évolution de la fiscalité carbone, qui pourrait renforcer encore la compétitivité des matériaux biosourcés face aux solutions conventionnelles. Les acteurs de la filière anticipent un second semestre en légère progression, porté par les chantiers de rénovation énergétique et les projets publics lancés dans le cadre du plan « France Relance ».

Pour aller plus loin sur les enjeux réglementaires transversaux, consultez notre article Nachhaltigkeit im Bau: Wie GEG-Novelle und EPD-Pflicht den Markt aufmischen. Les développements comparables en Autriche sont analysés dans notre dossier Holz & Holzbau in Österreich.