La chape anhydrite, ou chape fluide à base de sulfate de calcium hémihydrate (CaSO₄·½H₂O), s'impose progressivement comme une solution de référence dans les chantiers résidentiels et tertiaires neufs, notamment pour les applications en plancher chauffant. Contrairement aux chapes traditionnelles à base de ciment Portland, elle est mise en œuvre par pompage et présente une fluidité autolissante par nature, sans nécessiter d'effort manuel de talochage.

Composition technique et propriétés mécaniques

Le liant principal est le sulfate de calcium hémihydrate, dérivé du gypse. Le mélange standard contient environ 75 % de sable 0/4, 18 % de liant anhydrite et 7 % d'eau, avec adjuvants fluidifiants. La résistance mécanique caractéristique atteint C20 à C30 MPa à 28 jours. La densité de la chape anhydrite est d'environ 2 050 kg/m³, soit légèrement inférieure à celle d'une chape ciment (2 200 kg/m³), ce qui réduit la charge sur la structure porteuse.

Un avantage distinctif réside dans l'absence de retrait significatif : la chape anhydrite ne nécessite pas de joints de fractionnement dans la plupart des configurations résidentielles. Sa conductivité thermique, estimée à environ 1,8 W/m·K, est légèrement supérieure à celle d'une chape ciment (1,4 W/m·K), ce qui constitue un atout pour les applications en plancher chauffant basse température (PCBT) ou rafraîchissant (PCRBT).

Cadre normatif : DTU 26.2 et règles professionnelles QB46

Le NF DTU 26.2, révisé en 2015, régit les chapes et dalles à base de liants hydrauliques, mais n'inclut pas les chapes fluides à base de sulfate de calcium ni celles à base de ciment. Le document concerne spécifiquement les chapes et dalles non structurelles, mises en œuvre sur des supports tels que des dallages ou des planchers, sans fonction porteuse. Ces chapes servent principalement à recouvrir la surface du gros œuvre, directement ou via une couche intermédiaire d'isolation ou de désolidarisation.

Depuis 2019, les chapes anhydrites suivent les règles professionnelles de mise en œuvre QB46, qui intègrent notamment les prescriptions pour l'application sur planchers en bois. La norme européenne NF EN 13813 précise les tolérances de planéité et les exigences de performance pour les matériaux de chape fluide. Les produits utilisés doivent systématiquement disposer d'un Avis Technique CSTB en France.

Mise en œuvre et épaisseurs recommandées

L'épaisseur de chape anhydrite varie selon le type de pose : 4 à 5 cm en chape adhérente, 5 à 6 cm en chape désolidarisée, et 5 à 8 cm en chape flottante (avec PSE ou laine minérale acoustique sous-jacente). Pour les planchers chauffants, un enrobage de 3 à 5 cm au-dessus des tubes de diamètre 16 mm garantit une diffusion thermique optimale. L'écoulement gravitaire enrobe les tubes sans poche d'air, ce qui en fait la solution privilégiée par les promoteurs et les architectes pour les opérations VEFA.

La mise en chauffe progressive est obligatoire selon le protocole du DTU 65.14 : palier de 25 °C les premiers jours, puis montée par paliers de 5 °C toutes les 24 heures jusqu'à la température de service. Cette étape est essentielle pour éviter les fissures et les décollements.

Limites d'usage et précautions

La chape anhydrite présente une sensibilité à l'eau en cours de séchage. Elle est déconseillée pour les locaux humides classés EB+ privatif (cuisines professionnelles, salles de bains à siphon de sol sans étanchéité associée), les sous-sols inondables et les locaux industriels exposés à l'eau permanente. Pour ces zones, une chape ciment traditionnelle ou une chape ciment fibrée avec étanchéité reste préférable.

Le temps de séchage est d'environ 1 cm de profondeur par semaine sur les 4 premiers cm, puis 2 cm par semaine. Pour une chape de 5 cm, il faut compter 4 à 5 semaines avant la pose d'un revêtement collé. Avant pose, la surface doit être poncée (poinçon diamanté) pour retirer la pellicule de laitance, aspirée, puis imprimée d'un primaire d'accrochage spécifique anhydrite (Weber Prim 4716, Mapei Primer SN). Le contrôle d'humidité au CM-test ou Tramex impose un taux résiduel de 0,5 % pour un parquet et 1,5 % pour un carrelage.

Comparaison avec la chape ciment

Quatre différences clés distinguent la chape anhydrite de la chape ciment. Premièrement, l'absence de retrait élimine le besoin de joints de fractionnement dans la plupart des configurations résidentielles. Deuxièmement, la fluidité autolissante supprime l'effort manuel de talochage. Troisièmement, la conductivité thermique légèrement supérieure optimise les performances en plancher chauffant. Quatrièmement, la densité moindre réduit la charge structurelle. En revanche, la chape ciment reste plus résistante à l'humidité et aux charges mécaniques élevées, ce qui la rend incontournable pour les applications industrielles ou les environnements exposés à l'eau.

Perspectives et recommandations

Les professionnels doivent se tenir informés des dernières normes et recommandations techniques pour assurer la qualité et la durabilité de leurs travaux de chape anhydrite. La compréhension du cadre normatif (NF EN 13813, QB46) et des limites d'usage est essentielle pour éviter les pathologies post-livraison. La tendance vers les solutions bas-carbone devrait également inciter les fabricants à publier des EPD pour permettre une évaluation comparative de l'empreinte CO₂ entre chapes anhydrite et chapes ciment.